Dans quelques jours, deux groupes de paroissiens de Saint-Eustache vont se retrouver, ou bien à l’abbaye du Bec (Normandie) pour une retraite animée par le P. Gilbert Caffin, ou bien pour une marche entre Le Puy et Conques, animée par le P. Luc Forestier et les séminaristes de l’Oratoire. En quelques mots, le contenu de ces deux propositions est présenté à l’intention de ceux qui, pour différentes raisons, ne peuvent y participer.
Prier le « Notre Père »
Sans cesse nous revient en mémoire la demande des disciples, en voyant Jésus le faire : « Apprends-nous à prier ! » Les évangélistes Mathieu et Luc nous donnent des éléments de sa réponse que les premiers chrétiens déjà mirent en raccourcis de prière. Elle devient pour tous les chrétiens de toutes traditions la grande prière, le « Notre Père ». Au Carmel de Jérusalem il est gravé dans le cloître en un très grand nombre des langues des hommes. L’an dernier lors du pèlerinage au Mont Saint-Michel clôturant la route des Psaumes et regardant le « Notre Père » des chrétiens à la lumière des Psaumes, il nous est venu l’idée de prendre un jour le temps de méditer cette prière comme une sorte de table des matières de la prière chrétienne.
Un groupe s’est donc constitué au cours du Pèlerinage urbain pour réaliser ce projet. Cinq jours au calme « en retraite sur la montagne » qui sera un vallon normand près de Pont-Audemer dans la vénérable Abbaye du Bec Hellouin, tandis que d’autres prendront la route du Puy à Conques sur la non moins vénérable route de Saint-Jacques. Cette abbaye a été fondée au dixième siècle et se consacra particulièrement grâce à saint Anselme aux relations avec les chrétiens de Grande-Bretagne. Dispersée à la Révolution, la vie monastique reprit en 1948 grâce à une communauté des Olivétains, moines blancs fondés au quatorzième siècle au mont Oliveti en Italie. Ils reprirent l’héritage, y compris la relation avec l’anglicanisme. Ils fondèrent en 1976, le monastère d’Abu Gosh en Israël, sous le patronage de la France.
Nous serons ainsi soutenus par la prière de la communauté monastique de tradition bénédictine, constituée par les moines et les moniales du couvent tout proche associées à l’office et au projet de vie spirituelle. « Cela fait un peu peur de rester 5 jours chez les moines ! », avouait l’une d’entre nous. Certains/certaines ont déjà l’expérience d’un temps de retraite dans un couvent, en un lieu de silence, à l’écart, et témoignaient du grand bien que cela peut faire.
Il s’agira pour ce groupe de s’approprier la prière du Notre Père dans une remontée avec le Christ venu dans le monde appeler tous les pécheurs, pour nous rétablir à travers sa Pâques dans l’Amour de son Père et notre Père. Nous aurons la joie de le vivre en célébrant l’Ascension du Seigneur. Ainsi chaque demi journée sera consacrée à une phrase du Notre Père en commençant par la fin pour bien en amorcer la remontée à partir de notre condition présente sur la terre.
Dans la douceur du printemps de la campagne normande, au silence du recueillement de l’Abbaye, par les échanges de nos découvertes de la richesse du don que le Christ nous a laissé dans sa prière en réponse de la demande des Apôtres, puissions-nous vivre un moment reconstituant de Foi et d’Espérance.
Le souci de toute la paroisse Saint-Eustache y sera présent dans une solidarité de cœur avec tous, les plus proches et les plus passagers, les fidèles de nos célébrations dominicales et les visiteurs en tout genre de notre église au cœur de Paris. Par eux, nous essaierons de nous placer en lien avec tous les hommes de ce temps, auprès du Père de Celui qui attire tout à Lui pour le donner à son Père. Un lien affectueux et privilégié se gardera tout au long avec les marcheurs vers Conques.
Méditation, Découverte, Solidarité, maîtres mots confiés à l’Esprit qui nous pousse au désert, seulement pour cinq jours !
Gilbert Caffin, prêtre de l’Oratoire, vicaire à Saint-Eustache
La Bible par les pieds
Durant la semaine qui encadre les célébrations de l’Ascension du Seigneur, un groupe de paroissiens va pèleriner entre deux hauts-lieux de la spiritualité chrétienne en France, Le Puy-en-Velay et Conques (en Rouergue), sur la Via podensis, la route qui mène de la Vierge du Puy jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle. La traversée des plateaux de l’Aubrac est toujours un grand moment de communion avec la création, propice aux ruminations intérieures.
Ce ne sont rien moins que six grands textes bibliques qui rythmeront et nourriront notre méditation pédestre. Nous serons invités à une appropriation « ambulante » de l’Ecriture, que nous traverserons selon une coupe longitudinale : d’abord l’histoire de Joseph, fils de Jacob, nous mettra au contact du temps des Patriarches ; puis la figure de Moïse sera évoquée dans le livre du Deutéronome ; les « confessions » de Jérémie seront l’occasion de découvrir le lien intime qui unit le prophète à Dieu ; quelques pages de Qohélet (l’Ecclésiaste) nous feront redécouvrir la sagesse juive ; puis, dans le Nouveau Testament, l’Epître aux Hébreux nous fera contempler le Christ, grand-prêtre de la nouvelle alliance ; enfin la vision grandiose de la Jérusalem céleste, parée comme une fiancée, au livre de l’Apocalypse, nous accompagnera dans les derniers kilomètres de cette route ! Le tout serti dans la prière des Psaumes, la saveur de quelques textes évangéliques et la liturgie de l’Église…
Goûter autrement la Parole de Dieu, en la laissant résonner en nous au milieu des rêveries, cogitations, ressassements, émerveillements, fatigues qui nous traverseront aussi, voilà une belle manière d’expérimenter que le spirituel est toujours charnel, selon le mot essentiel de Péguy. Ultreïa !
Jérôme Prigent, séminariste à l’Oratoire